
La partie des élites américaines la plus soucieuse de l'image des Etats-Unis à l'étranger (des hommes d'affaires des grands groupes mondialisés, des diplomates, des militaires de haut-rang, des chercheurs et professeurs d'université, etc.) porte sur les années écoulées un jugement sévère. Eux savent bien que les Etats-Unis sortent exsangues des années Bush, et que la restauration de leur image sera une entreprise de longue haleine.
Ils sont inquiets des répercussions idéologiques, commerciales, politiques et stratégiques des deux guerres engagées en Asie, ainsi que des révélations afférentes : utilisation de la torture, prisons secrètes, bavures militaires, etc. Il est frappant de constater que c'est de ce côté que l'on trouve certaines des appréciations les plus négatives sur la politique américaine.
Dès lors, il n'est pas surprenant que ces personnes misent sur Obama pour restaurer l'image de leur pays. Une victoire du Démocrate, espérée par une grande majorité des habitants de la planète, serait saluée universellement, et serait une opération de communication extraordinaire. Voilà que ce pays, si souvent voué aux gémonies, donne une leçon de démocratie en élisant un homme noir ; voilà que le pays de Bush et Cheney est désormais celui de Obama, qui a promis le changement, lui dont l'une des grands mères habite un village du Kenya. De la manière la plus étonnante, les Etats-Unis sont en passe de reprendre la main sur le terrain si important de l'image projetée dans le monde.
Bien entendu, il serait naïf de considérer Obama comme un philanthrope œuvrant pour l'humanité, prêt à engager son pays dans un multilatéralisme débridé. Il est un homme politique, bientôt sans doute un président, attaché aux intérêts de son pays, qu'il ne perdra jamais de vue dans les négociations politiques et commerciales.
Mais sa vision des intérêts de son pays n'est pas la même que celle de son prédécesseur, et elle coïncide plus avec les intérêts du reste du monde. C'est déjà beaucoup.
Dès lors, il n'est pas surprenant que les personnes dont nous parlons s'apprêtent à voter pour Obama. Le colossal trésor de guerre de ce dernier n'a pas été seulement alimenté par des petites donations.
Mais aussi, plus discrètement, par des hommes d'affaires, des grands groupes, par Hollywood aussi. Obama, candidat des élites ? De celles qui sont les plus en phase avec la mondialisation, très probablement.
De ce point de vue, on retrouve la typologie établie par l'historien américain Thomas Ferguson entre les hommes d'affaires qui soutenaient le New Deal de Roosevelt et ceux qui s'y opposaient. D'un côté les représentants des firmes les plus exportatrices ; de l'autre ceux des firmes les plus liées au marché national.



